2ème jour : de Farmahamna au Kongsfjord (Baie du Roi)

 

Nous avons donc mouillé à l'abri de la houle à Farmahamna près d'un campement de trappeur. J'ai à peu près bien dormi. Le campement est bien équipé : éoliennes, antennes pour ne pas être coupé du monde, treuil pour remonter les canots sur la grève. Le campement est déserté depuis 2 ans environ car la trappe n'est plus rentable. Pendant la nuit, une vedette est également venue mouiller dans l'anse (nous la croiserons à nouveau bien plus au nord).
Nous ne nous attardons pas ici (nous y descendrons à terre lors du retour sous un ciel bien plus beau car ce matin, le plafond est toujours aussi bas). Nous appareillons à destination de Poolepynten, une pointe de la rive ouest du Forlandsundet à 10 milles au nord-ouest de Farmahamna. Cette pointe est située sur Prins Karl Forland, longue île de 100 à 110 km de long sur 5 à 10 km de large plus ou moins orientée nord-sud et séparée du Spitzberg par le Forlandsundet, large de 10 à 15 km et comportant notamment un seuil de seulement 4 m de tirant d'eau à un endroit ce qui n'autorise pas le passage des "gros" navires.
Nous nous dirigeons donc vers Poolepynten car c'est un lieu fréquenté par des morses. Alors que nous en sommes encore loin, grâce à ces jumelles bien plus efficaces que les notres, Bernard nous apprend qu'il ne voit pas de morses sur la grève sud de la pointe... dommage... quelques minutes de navigation supplémentaires et là, coté nord de la pointe... Bon, oui, il n'y a pas de suspens car vous avez déjà vu les images ci-dessous ; mais pour moi qui avais un peu renoncé aux morses à cet endroit, quand j'apprend qu'il y a des morses côté nord et qu'on met l'annexe à l'eau...
Vous imaginez l'excitation de ce 1er débarquement : mettre mon fourre-tout et ses 2 appareils photo dans un sac plastique ? comment m'habiller ? En fait l'annexe est très sûre et confortable et lors des prochains débarquements je m'inquièterai beaucoup moins.

Nous mouillons à 200 m environ du rivage et l'annexe en aluminium est mise à l'eau en moins de 2 minutes au moyen du mât de charge. Si hier à Longyearbyen pour rejoindre avec nos bagages l'Isbjorn II au mouillage il a fallu faire 2 tours, aujourd'hui les 12 passagers plus Murielle et André ont largement la place dans l'annexe.
L'eau est très claire et l'on voit bien les laminaires se balançant au gré du courant. Arrivés sur la plage de gros sable / galets à 300 m au nord du groupe de morses, 1er étonnement : le nombre considérable de bois flottés. Ces billes (pas les billes imposantes de bois tropical de 1 ou 2 m de diamètre que "perdent" les cargos au large de la Bretagne lors de tempêtes mais des billes de conifère de 20 ou 30 cm de diamètre) et ces arbres (tronc + racines) viennent de ... Sibérie. Lors de la débâcle des grands fleuves sibériens, ces billes mal entreposées et ces arbres abattus par les crues sont entrainés jusqu'à l'Océan Arctique et là sont "pris en charge" par la banquise et les courants et dérivent vers l'ouest jusqu'au Spitzberg. "Nous sommes sur la côte ouest du Spitzberg et donc comment ce bois sibérien y arrive-t-il ?" me demandez-vous. Arrivé au sud du Svalbard, ce bois change de correspondance et emprunte la Dérive Nord-atlantique (bras du Gulf Stream) pour rejoindre cette côte.
En plus du bois, on trouve également beaucoup de flotteurs de chaluts / filets (made in Norway pour le plus grand nombre). Nous progressons donc vers la pointe où l'on devine le groupe de morses derrière un repli de la grève. Bien-sûr, Murielle a pris le fusil de gros calibre obligatoire à terre en dehors des rares agglomérations, et la consigne est de rester groupés. Après avoir franchi le ruisseau joignant une petite lagune à la mer (les bottes sont bien utiles), nous approchons d'abord par le nord puis par le sud du groupe de morses. Nous nous regroupons derrière une cabane à la pointe servant à entreposer du matériel. Cette pointe n'est en fait qu'un banc de sable / galet et doit culminer à... 2 mètres. Il y a donc une balise conique de 3 à 4 mètres de haut orange fluo pour permettre de distinguer la côte quant tout est blanc, la terre comme la mer, en hiver.

Nous essayons bien d'habituer les morses à notre présence mais ils ne semblent pas très rassurés et se mettent à l'eau quand nous franchissons une limite que j'ai évalué à une distance de 25 m. Quand nous reculons, ils reviennent sur la grève en tas... sans faire la grève sur le tas.
Des bécasseaux couraient sur la plage quand nous sommes revenus sur nos pas. Nous levons l'ancre pour 6 à 7 heures de navigation vers Kongsfjorden.
A 18 h 30, nous virons pour entrer dans Kongsfjorden toujours sous un plafond bas alors que là-bas au fond de la baie, des trouées de lumière éclairent très fortement les glaciers... Le contraste est saisissant. La journée n'est pas finie mais je vous invite à tourner la page en cliquant sur la flèche droite ci-dessous.